La déconnexion est-elle l’affaire de tous ?

Cette partie a pour objectif de partir à la rencontre des déconnectés. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Comment vit-on cette déconnexion ? Quel est son impact ?

A travers ces approches, l’objectif est de déterminer si ce phénomène est identifiable sur des individus isolés, répondant à un usage spécifique des TIC en cadre professionnel et extra-professionnel, ou si ce comportement est identifiable auprès d’une communauté plus large et aux comportements variés. Puis, à partir de ces données, nous chercherons à déterminer les motivations et comportement de ces déconnexions.

Sommaire

  1. Expérimentation : etude quantitative sur les comportements amenant à la déconnexion
    1. Approche envisagée
    2. Mise en oeuvre
    3. Répartition démographique
    4. Attrait pour la déconnexion
    5. Mise en oeuvre et motivations des comportements déconnectés
  2. Conclusions

Expérimentation : étude quantitative sur les comportements amenant à la déconnexion

Cette étude vise à étudier non pas le comportement des déconnectés, mais la faculté des connectés à être touchés par la déconnexion volontaire aux TIC. Par cette approche, l’étude permet de s’attarder sur une typologie des usagers des technologies de l’information, d’étudier leurs habitude de connexion pour connaître les motivations et freins amenant par la suite à un comportement déconnecté. Un autre intérêt est de pouvoir toucher un public plus large et une base plus importante de personnes sondées, pouvant ainsi potentiellement affiner la qualité de l’étude.

Approche envisagée

Pour réaliser cette étude, nous allons dans un premier temps nous concentrer sur les caractéristiques globales des sujets étudiés (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle). L’étude sera ensuite consacrée à leurs usages des technologies de l’information et de la communication. Le nombre et la diversité d’équipement seront étudiés, de manière à déterminer leur commodité avec les technologies de l’information (usage de l’ordinateur personnel, de la tablette, du smartphone, d’objets connectés), puis des services (usage d’internet fixe et nomade, cadre d’utilisation personnel ou privé, usage et nombre de réseaux sociaux utilisés…). Une fois les habitudes d’usage du numérique établies, nous nous attarderons sur l’attrait de la déconnexion, pondérée sur une échelle de durée. Les motivations seront ensuite étudiées en s’appuyant sur une liste de choix (surcharge d’information, rejet d’usages connectés, …) ou une réponse libre.

Pour conclure le questionnaire, le sujet a pu ajouter un commentaire, étayant son point de vue sur la déconnexion volontaire aux TIC, de manière à affiner les conclusions de l’étude.

Les comportements connectés professionnels et extra-professionnels ont été différenciés de manière à déterminer si l’impact des usages pro conditionne un rejet des technologies de l’information. De même, l’usage mobile a été différencié pour évaluer l’impact qu’une connexion omniprésente pourrait avoir sur le phénomène de déconnexion.

Le questionnaire a été diffusé sur le site web auto-hébergé deco-tic.exagram.fr. Pour des raisons de protection des données personnelles, l’utilisation de services tiers tels que Google Survey a été évitée. Ainsi, les choix techniques se sont reposés sur l’utilisation du logiciel open source Lime Survey, les résultats ont ainsi pu être stockés dans la base de données du site web.

Mise en œuvre

Le questionnaire a été mis en ligne le 15 juillet. Les données analysées rassemblent l’ensemble des enregistrements effectués jusqu’à la date du 15 août.

L’acquisition de la participation s’est faite en grande partie par l’usage d’outils de communication numérique. Cela s’est notamment traduit par la publication de posts sur les principaux réseaux sociaux généralistes (Facebook, Twitter, Google+) de manière à susciter d’un public large, pas spécialement technophile. Cette démarche a également été complétée d’un mailing. Enfin, de manière à diversifier le panel de participants, une session de questionnaire direct a été réalisé dans un lieu public.

Afin de motiver le relais de ce questionnaire, une démarche inspirée du linkbaiting a été mise en place afin de solliciter l’acquisition de participants après avoir rempli le questionnaire.

Ces campagnes d’acquisition ont ainsi permis d’obtenir 143 réponses exploitables. Cette étude quantitative ne permet ainsi d’obtenir qu’une une vision non représentative de l’ensemble de la population. Elle permet cependant de déterminer une tendance dans l’approche qu’on les usagers vis-à-vis de la déconnexion.

Répartition démographique

Les données démographiques recueillis nous montrent que 75 participants sont des hommes (52,45%) et 68 des femmes (47,55%). Ces données, bien que non représentative de la tendance générale des usagers du numérique, ne montrent pas de disparités trop importantes, permettant ainsi une exploitation des résultats en fonction du genre des usagers.

La répartition par âge montre cependant de grandes disparités par rapport à la tendance nationale. Ainsi, 6 sont âgés de moins de 18 ans (4,2%), 104 de 18-30 ans (72,7%), 31 de 30-45 ans (21,7%) et 2 de 45-60 ans (1,4%).

Leurs activités professionnelles sont réparties de la manière suivante : 1 est artisan / commerçant (0,7%), 15 sont cadre / chef d’entreprise (10,49%), 36 sont employés (25,17%), 56 sont étudiants (39,16%), 3 sont ouvriers (2,10%), 9 sont de profession intermédiaire (6,29%), 17 sont sans emploi (11,89%) et 6 ont une autre activité (4,20%).

Attrait pour la déconnexion

Sur l’ensemble des personnes interrogées, une majorité tendrait à limiter leurs rapports au numérique. En effet, 78 personnes interrogées, soit 54,55% de l’ensemble des sondés, envisagent de limiter leur usage d’internet et plus généralement des réseaux de l’information. De plus, sur ces 78 individus, 67 mettent en place des mesures afin de limiter leur connexion de manière partielle (Soir, week-end, vacances…). Les personnes manifestant une volonté de se déconnecter mettent ainsi ces désirs en pratique de manière régulière.

Cependant, nous pouvons également constater que ces pratiques déconnectées touchent également des personnes ne constatant pas de besoin de limiter leur rapport au numérique. En effet sur 65 individus ne constatant pas de besoin de limiter leur connexion, 45 (31,47% de l’ensemble des sondés) mettent d’ores et déjà en œuvre des mécanismes de déconnexion.

Répartition volonté déconnexion

Nous remarquons dans cette étude que si l’écart semble mince entre les personnes souhaitant limiter leurs usages et ceux n’en voyant pas le besoin, il se creuse nettement dans le cas des personnes disposant d’un emploi. En effet, sur les 70 personnes ayant un emploi et ayant participé à cette étude, 43 (61,43%) envisagent de limiter leurs usages.  L’apport des usages du numérique en milieu professionnel semble ainsi avoir un impact sur la volonté de déconnexion.

Ce constat se précise en s’appuyant sur les données relatives au temps de connexion dans le cadre d’une activité de travail. Ainsi, nous pouvons constater que les individus souhaitant limiter leur connexion aux réseaux de l’information sont en général ceux qui sont le plus souvent connectés à ces réseaux dans le cadre de leur activité professionnelle. L’écart entre les aspirations des personnes ne désirant pas limiter leur connexion et ceux cherchant à la limiter est significatif dans les pratiques de connexion intenses.

Répartition volonté de limitation de connexion

Ainsi, quand 35 usagers (soit 24,5% des sondés), déclarant être connectés entre 4 et 8 heures durant leur activité, cherchent à limiter leur activité numérique, ils ne sont que 17 usagers (soit 11,9% des sondés) à ne pas chercher à limiter leur présence en ligne.

La tendance s’inverse cependant dans les usages personnels du numérique, tout en se montrant moins tranchée. Ainsi, les personnes cherchant à limiter leur usage du numérique seront plus amenées à minimiser dans le temps leur présence en ligne dans ce cadre, à se tourner vers des pratiques de courte durée. Ainsi, 17 usagers (soit 11,8% des sondés) souhaitant limiter leur présence déclarent passer moins de 2 heures en ligne, quand ils ne sont que 7 (soit 4,9% des sondés) à déclarer ce volume de présence. L’écart se réduit dans les durées situées entre 2 et 4 heures : 32 usagers (soit 22,38% des sondés) déclarent souhaiter limiter leur pratique, quand ils sont 25 (soit 17,48%) des usagers à ne pas chercher à la réduire.

Limitation de connexion en fonction de l'usage personnel

Passé 6 heures d’utilisation des réseaux dans un cadre personnel, la part de personne souhaitant limiter leur présence en ligne se montre inférieure à celle des individus ne cherchant pas à la réduire. Ainsi, ils ne seront que 12 (soit 8,39% des sondés) à passer plus de 6 heures par jours dans un usage personnel, quand leur proportion sera de 21 usagers (soit 14,69% des sondés) ne cherchant pas à réduire cette présence.

Les écarts, s’ils sont ici moins flagrants montrent toutefois que les personnes cherchant à limiter leur connexion, iront vers des usages de plus courtes durée et monopoliseront les volumes de connexion les plus réduits. De la même manière, ils se tourneront moins vers des volumes d’usage intensif, dépassant les 6 heures. Nous pouvons ainsi penser que s’ils souhaitent toujours limiter leurs usages, ils chercheront d’ores et déjà à appliquer des processus de limitation dans un cadre personnel.

Ainsi, nous pouvons constater que l’attrait pour la limitation des usages du numérique et l’application de processus de déconnexion peut s’interpréter dans le volume de présence en ligne en fonction des contextes : personnels ou professionnels. Ainsi, un temps de présence important dans un contexte professionnel tendra à motiver la volonté de réduire de façon globale les usages du numérique. Des motivations, qui d’une certaine manière, s’accompagnent d’usages de préservation dans un contexte personnel, où ces usages seront plus modérés, voire régulés, évitant dans une majorité des cas des pratiques intensives.

Mise en œuvre et motivations des comportements  déconnectés

Cette étude quantitative nous a donc permis de collecter le témoignage de 112 usagers du numérique déclarant se déconnecter occasionnellement, soit 78,3% des sondés. Etant donné le profil des participants et l’aspect non représentatif du panel étudié, ce ratio ne permet pas d’extrapoler l’adoption de la déconnexion volontaire à l’ensemble des usagers du numériques. De plus, l’aspect passif du procédé d’étude, le questionnaire, favorise la participation d’individus interpelés par la thématique. Le taux de déconnectés est ainsi probablement nettement supérieur à la tendance observée chez une portion représentative des usagers du numérique.

Cependant, ces résultats nous permettent de décrire une tendance dans l’adoption et la mise en œuvre de comportements déconnectés.

Nous constatons ainsi que les périodes de vacances sont le moment privilégié pour adopter un comportement déconnecté. En effet, sur les 112 usagers adeptes de la déconnexion, 85 déclarent se déconnecter durant cette période, soit un ratio de 75,89%. Les périodes de déconnexion durant le week-end sont également plébiscités par 63 usagers, soit 56,25% des déconnectés. Enfin, les soirées sont le moment de déconnexion de 49 usagers, soit 43,75% des déconnectés.

Répartition période de déconnexion

Si les périodes de déconnexion peuvent être multiples (un usager pouvant très bien se déconnecter le soir, le week-end et durant ses vacances), nous pouvons constater que ces déconnexion révèlent toutefois d’une fréquence plus épisodique. La proportion de déconnectés manifestant ce comportement en soirée (43,75%) amène également à penser que cette mise en œuvre peut également être conduite par une forme d’usage raisonné vis-à-vis du numérique. Son usage n’est plus compulsif mais maîtrisé et se ponctue de périodes d’inactivité régulières.

Concernant leurs motivations, nous constatons qu’une large partie des déconnectés adoptent ce comportement pour des raisons sociales. Ainsi, 76 d’entre eux (soit 67,86% des usagers déconnectés) déclarent se déconnecter afin de privilégier les liens directs avec l’entourage. La volonté de renouer avec le réel motive également 39 d’entre eux, soit 34,82% des usagers déconnectés. L’excès d’information est la troisième motivation constatée en termes d’adoption, justifiant le comportement de 32 usagers, soit 28,57% des individus sujets à la déconnexion. La sensibilisation à l’usage des données personnelles motive le comportement de 7 usagers, soit 6,25% des adeptes de la déconnexion ayant participé à ce questionnaire. Enfin, 34 usagers, soit 30,36% des individus se déclarant déconnectés, ont défini  d’autres motivations, sortant du cadre du questionnaire. Parmi eux, 15 évoquent privilégier d’autres activités, 12 évoquent des raisons d’ordre technique (manque d’équipement, pas de couverture réseau…), et 7 justifient ces déconnexions par une sorte de rejet et d’impact sur la santé (outil relié au travail, régulation du sommeil, …).

Répartition des motivations de déconnexion

Ainsi, nous constatons que la mise en œuvre des comportements déconnectés se caractérise principalement par des facteurs extérieurs au réseau. D’une certaine manière, si des causes telles que l’excès d’information et la sensibilisation à l’usage des données personnelles touchent une partie des déconnectés de cette étude, les facteurs anxiogènes des réseaux de l’information ne sont pas la cause majeure de ces déconnexion. Ils restent cependant présents et justifient ainsi la déconnexion d’une population ultra-connectée, mais se complètent d’autres facteurs plus universels.

En effet, la première cause évoquée, à savoir « privilégier les liens directs avec l’entourage », marque l’adoption de phénomènes de déconnexion par une population aux usages plus divers. De plus, la fréquence et les périodes de déconnexion ne semblent pas démontrer de comportements de rejet significatifs. Cette déconnexion est, au contraire relativement régulée et symptomatique dans sa régularité d’une certaine maturité quant à l’usage des réseaux de l’information.

Conclusions

Si la déconnexion volontaire aux technologies de l’information semble dans un premier temps être l’apanage d’une population ultra-connectée, effectuant un rejet de ces technologies suite à une utilisation intense, le phénomène étudié semble se manifester auprès d’une population bien plus large et aux motivations plus diverses.

Dans un premier temps, nous pouvons constater que l’influence d’un temps de connexion intense, dans le cadre d’une activité, augmente les désirs de limitation de la présence en ligne. Nous constatons également qu’une partie significative de ces individus s’appliquent à développer des périodes de déconnexion et à limiter les usages intenses dans un contexte personnel.

Dans un second temps, nous constatons que ces déconnexions sont avant tout guidées par des facteurs sociaux. Si la réappropriation du réel face au virtuel reste un facteur répandu, la préférence des rapports directs face aux usages du numérique semble de loin être le facteur déterminant. Si nous nous déconnectons, c’est avant tout pour privilégier nos rapports avec les autres. L’infobésité est également l’un des facteurs remarquable impliquant ces phénomènes de déconnexion. La déconnexion peut ainsi être évaluée comme un procédé de préservation face à une potentielle surcharge cognitive : face au flux d’information continu que représentent les réseaux de l’information, une partie des individus chercheraient à limiter leur présence en ligne quitte à se déconnecter occasionnellement. Les facteurs liés au caractère potentiellement anxiogène des technologies de l’information peuvent cependant être minimisés et ne concerner qu’une petite partie des individus.

Ainsi, plutôt qu’un sentiment de rejet radical face aux technologies de l’information, ne concernant potentiellement qu’une fraction ultra-connectée des individus en ligne, la déconnexion volontaire aux TIC se manifeste auprès d’un public plus large. Elle se montre néanmoins moins radicale et se caractérise plus particulièrement par des phases de pause, régulières ainsi qu’une limitation des usages personnels. De cette manière, la déconnexion volontaire s’apparente plus à une réappropriation de l’outil numérique : les usagers ne s’en déconnectent pas pour s’y opposer mais pour mieux évaluer leurs usages une fois reconnectés.

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